Nicolas Fafiotte – L’interview

Je vous ai déjà présenté, il y a maintenant un petit moment, le créateur Nicolas Fafiotte. Je vous invite maintenant à mieux le découvrir à travers 10 questions (un petit peu plus en fait!) que j’ai eu la chance de pouvoir lui poser.

1- Avez-vous toujours voulu travailler dans le milieu de la mode ?

« Au début ce qui me passionnait , c’était le dessin, la peinture et la sculpture. Je souhaitais rentrer aux Beaux Arts de Genève et là bas, il y avait une section mode et j’ai eu une révélation, ça a été le coup de cœur. Je me suis dit que j’avais vraiment envie de faire ça. Il a fallu que je choisisse et en découvrant l’univers de la mode je me suis dit que finalement la sculpture c’était comme faire une robe sur une femme. »

2 – Pourquoi avoir choisi de créer des robes de mariées plutôt que par exemple du prêt-à-porter ?

« La robe de mariée m’est venue naturellement. J’ai travaillé dans des maisons de couture (Max Chaoul) et pour Formes la femme enceinte. En parallèle j’ai démarré mon activité dans mon appartement et j’ai commencé à faire des robes sur mesure. Je me suis aperçu qu’il y avait vraiment de la demande. Aujourd’hui , avec du recul, 12 ans après avoir ouvert, ce qui m’intéresse vraiment dans le sur-mesure c’est de travailler avec la personnalité des gens. Mon métier c’est presque psy-couturier ! Il y a des gens qui viennent me voir parce qu’ils sont désespérés de ne rien trouver, ils ont envie de quelque chose qui leur appartient. On mélange nos goûts pour que cela devienne une belle pièce avec les inspirations de la cliente. Les gens qui viennent faire du sur-mesure demandent essentiellement des robes de mariées. Je fais aussi beaucoup de robes du soir et de cocktails mais aujourd’hui dans la vie de tous les jours les gens n’ont plus le budget pour faire du sur-mesure. Le prêt-à-porter je ne dis pas que je ne le ferai pas un jour, mais aujourd’hui cela m’intéresse plus de coller à une personnalité que de coller à toutes. »

3- Et vous n’avez jamais pensé à travailler pour le marié ?

« Là, on est en train de réfléchir à beaucoup de choses… on travaille sur de l’accessoire qu’on va lancer, un accessoire qu’on peut personnaliser. Aujourd’hui tout le monde est habillé pareil et du coup j’ai envie que les gens se disent que je peux leur donner la possibilité d’être différents. Cela sera plutôt des petites collections capsules. Les hommes ont envie d’un côté plus fun, plus couture. Les gens en ont assez d’avoir tous les mêmes habits. »

4- Pourriez-vous définir un style de robe emblématique de votre maison ?

« C’est difficile parce que justement, on est là pour aider la cliente à se trouver. Je dirais que ce qui fait qu’on puisse reconnaître une de mes robes, c’est que j’aime la taille marquée, mettre la féminité en avant. Je trouve dommage qu’une jolie fille se cache. Je ne vais pas aller dans le côté mode, j’aime donner de la féminité à la femme. »

Quand je fais les choses, je les fais à fond. Si c’est un volume ça sera un vrai volume… si on a une jupe en mousseline, elle est toute en mousseline. C’est un peu mon idée de la chose.

5- Pourquoi avoir fait le choix de rester sur Lyon ?

­ « Parce que je suis bien ici. A Lyon on a des vrais contacts avec les fournisseurs. Il y a 12 ans il y avait beaucoup de fabricants, bien plus qu’aujourd’hui. Cela m’a facilité les choses. Ce qui m’a aussi fait rester, c’est que quand j’ai commencé – il faut se remettre dans le contexte – c’était le démarrage de créateurs comme Galliano, très excentriques et finalement à côté j’étais un peu classique. On n’a pas le budget de faire des défilés quand on est des petites structures. En faisant mes collections, je m’adresse à de vraies clientes. La nana super pointue en mode qui a une culotte avec une robe transparente par-dessus, à part sur un défilé elle n’existe pas. Même Kate Moss quand elle s’est mariée elle avait une robe super chic et sobre. Personnellement, la culture on peut la trouver parce qu’on a la possibilité de bouger : Paris, Genève, la côte… alors que si on est installé à Paris finalement on y est coincé. L’ouverture d’esprit y est parce que tout le monde y va mais en fait ce qui est sympa c’est de venir y faire une immersion et de repartir. »

6 – Vous ne vous voyez pas avoir des boutiques ailleurs sans être présent ?

« Si j’ai une boutique à Paris, je ne l’ai plus à Lyon. Par expérience, la mariée veut voir son créateur. Ou alors on est sur un autre profil de produit. Je ne pourrais pas laisser partir une robe sans la voir, j’ai trop l’œil couture pour accepter de laisser partir une cliente avec une robe qui ne lui va pas… cela ne serait pas du sur-mesure, ce côté n’est pas possible si mes boutiques étaient dans deux villes en même temps. »

7- Quand vous travaillez pour le Etam Live Show, est-ce qu’on vous laisse carte blanche ou est-ce que vous avez des thématiques imposées ?

« J’ai bossé en collaboration avec des équipes de styles d’Etam. Dans la collection il y avait plusieurs lignes avec des thèmes comme Dark Punk, l’esprit Valentino… C’était un peu romantique. Les stylistes d’Etam ont commencé à élaborer des dessins, on a fait des points ensemble. J’ai fait changer des choses que l’on a décidées avec la directrice de style. Par exemple sur le thème Dark Punk il y avait un corset qui était tout brodé de perles, il était court et droit. Je trouvais ça dommage de ne pas voir la broderie puisque c’était un­ petit corset, on a donc travaillé sur quelque chose de plus volumineux . C’est vraiment un échange entre nous. Pour le manteau en plumes qui a fait le final du défilé, l’idée c’était d’avoir une pièce assez forte sur laquelle nous avons travaillé, toujours en étroite collaboration. J’ai voulu un manteau tout en plumes et la directrice m’a dit « fonce ! » alors qu’au départ il ne devait y en avoir que sur les épaules. On a posé les plumes une par une, il y en avait plusieurs centaines. Même si Etam est un grand groupe, il y a une grande volonté de laisser le créateur dans « son délire ».

8- Est-ce une envie pour vous de vous lancer dans la lingerie ou juste une envie d’explorer d’autres domaines ?

« J’ai répondu présent parce que j’étais hyper flatté qu’on vienne me chercher en province pour faire l’ouverture de la Fashion Week. Je suis très fier et aussi très fier de mon équipe. Faire de la lingerie comme ça, c’est pas ce que j’avais comme première idée. Après je pense qu’il y a des choses à faire en lingerie mariée, la piste n’est pas fermée. Dans ma tête, depuis qu’on a bossé deux saisons avec Etam, j’ai plein d’idées. Je trouve que c’est un produit super, contemporain, moins « vieille dentelle ». Cela serait sympa qu’on aille plus loin l’année prochaine. »

9- Vous avez l’air d’être quelqu’un qui aime découvrir différents domaines en mode puisque vous avez votre maison, vous avez travaillé pour Etam et les Miss France , et vous avez également participé à l’exposition au CHRD (Centre Historique de la Résistance et de la Déportation) « Pour vous mesdames ». Avez-vous d’autres domaines que vous aimeriez découvrir, d’autres projets pour lesquels vous aimeriez être sollicité ?

« J’en ai plein. J’aimerai bien la scène, j’adore ça. J’ai déjà été sollicité par exemple par Amel Bent. Pourquoi pas du théâtre, de l’opéra… il y a plein de trucs qui sont intéressants. Les artistes sont une clientèle différente de celle que j’ai habituellement, on peut plus s’éclater, on a moins de contraintes. On peut tout faire. J’ai habillé une cantatrice à Madrid et j’avais eu de bons retours. Les gens viennent écouter de la musique – c’est déjà quelque chose de fort pour moi – en plus lyrique, et à la fin la salle s’est levée pour la chanteuse quand elle a transformé sa robe. Cela nous donne une vraie sensibilité de la scène. Travailler pour le cabaret j’adorerai. Le cinéma aussi, tout ce qui est un peu féérique, par exemple Le Monde de Narnia, j’adorerai faire les robes. On en serait carrément capables. Cela serait plus excentrique que les demandes habituelles, on quitte le monde de la réalité. J’aurais adoré faire les corsets de Nicole Kidman dans Moulin Rouge. Je trouve qu’on ne rêve pas assez. Je me rappelle quand je regardais les Molières, les Césars… les robes faisaient rêver. Je me rappelle quand j’étais petit, qu’on voyait Dalida arriver, elle avait toujours des robes à paillettes, ça faisait « waaah ». Maintenant les nanas arrivent avec le jean déchiré et la blouse tendance, c’est joli, c’est la mode mais ça ne fait pas rêver.

Le monde de la télé et des médias devrait avoir plus de paillettes.

Quand on allume la télé et qu’on ne voit que des gens dépressifs habillés tout en noir c’est pas très rigolo… »

10 – Quels sont vos créateurs fétiches ?

« C’est difficile. Il y a plein de gens différents que j’aime parce que ils ne vont pas m’apporter la même chose. Par exemple, j’ai adoré Mugler, mais je ne l’aime plus. C’était fantasmagorique, des défilés dingues : trop de cheveux, trop de maquillage, trop de fourrure, trop de paillettes… on se dit « comment on peut faire ça ? ». Alaïa j’adore aussi, le côté technique, la maille… ­Celui qui me fait rêver c’est Valentino et ses robes rouges, mais à la grande époque. J’adore aussi YSL, la robe noire parfaite qui tombe parfaitement bien. Et par exemple, je n’avais pas du tout envie de voir ça chez Mugler. Ils ont tous quelque chose.

Pour les créateurs plus modestes, il y a des gens qui font des choses magnifiques en mariée comme l’univers de Delphine Manivet qui n’est pourtant pas du tout le mien.

Chacun a son petit univers. Tous les créateurs ont des trucs à dire.

Elie Saab j’adore aussi, il a ce côté un peu « je fais rêver ». On l’a vu aux Oscars, toutes les nanas étaient en Elie Saab. Elles se sentent flattées d’avoir de la lumière autour d’elles. »

– Et y en a-t-il que vous n’aimez pas du tout ?

« Quand c’est un peu trop noir cela me perturbe un peu . Après par exemple, comme chez Comme des Garçons il y a des choses que je ne comprends pas mais j’ai vu en boutique une superbe veste avec des superpositions, j’ai trouvé ça super beau. Je trouve que la nouvelle orientation de Dior fait moins rêver qu’avant, mais cela ne veut pas dire que c’est moche. C’est très contemporain, très intellectuel, voir parfois trop.
Mais je ne peux pas dire que je déteste quelqu’un. Une collection peut être ratée et la saison d’après vachement mieux. »

­- Comment vous vous voyez en tant que créateur dans 10 ans ?

« Je ne me suis jamais projeté. J’espère que dans 10 ans je ferai toujours quelque chose que j’aime. J’espère que je resterai comme aujourd’hui, à ne rien faire par obligation. »

P.S : Un très très grand merci à Nicolas et à Marie!
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